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Association
PANDA de la MRC LAssomption |
Jai 49 ans et je travaille, actuellement, comme conseiller juridique en relations de travail dans un établissement du réseau de la santé et des services sociaux de la région. Je suis le père dun garçon de 10 ans atteint dun TDA/H, et moi-même atteint dun TDA/H résiduel, avec impulsivité. Pour commencer, jaimerais vous poser quelques questions.
Parcours scolaire et cheminement professionnel : Si je vous parle de ma scolarité et de mes expériences de travail, ce nest pas par prétention, mais pour que vous sachiez quon peut avoir un TDA/H et réussir au plan académique et, peut-être professionnel, même si personne ne sest occupé de nous. Mais là-dessus, je vous laisse tirer vos propres conclusions. De toutes façons, ces réussites ne sont pas, à mon avis, celles qui sont les plus importantes ; mais, là nest pas lobjet de mon propos, ce soir. Cependant, ce qui est sûr, cest que, si on sait ce quil en est et si on est aidé, la probabilité de réussir sa vie, à tous les niveaux, est définitivement beaucoup plus grande.
Vie professionnelle Au printemps 1980, sur un coup de tête, jai décidé, en lespace dune fin de semaine, de quitter la pratique du droit et de retourner à nouveau aux études pour faire mon MBA. Soit dit en passant, limpulsivité est très certainement lune de mes caractéristiques principalesJe suis fortement porté à penser que limpulsivité liée au TDA/H a joué, encore une fois, un rôle déterminant, car il était déraisonnable de prendre une telle décision, de façon aussi précipitée, et sans mêtre préparé financièrement en conséquence, le programme sétendant sur 28 mois. Dans le premier centre hospitalier où jai travaillé de 1986 à 1992, à partir plus particulièrement de 1990, ma situation professionnelle se dégrade sérieusement, entre autres, parce que jai toujours ma grande gueule, et que je ne peux mempêcher de dire tout ce que je pense. À titre dexemple : dire, en comité, au vice-président du C.A., quil s"enfarge" dans les fleurs du tapis, et quil ne fait ainsi que retarder la progression des travaux du comité. Même si cela était vrai, personne ne laurait dit. Mais, voilà, cétait ce que je pensais, et je nai pas pu mempêcher de lui dire. Évidemment que, lorsquon ne sait pas ce quest le TDA/H et quon ne sait pas, par voie de conséquence, ce que cest que dêtre un adulte atteint dun TDA/H résiduel, on a bien peu de chances de corriger seul le tir. SUGGESTION: À cause du facteur héréditaire relié au TDA/H, et de la persistance du TDA/H jusquà lâge adulte, et en raison du prix que doit payer, dans sa vie professionnelle et au niveau de ses relations interpersonnelles, ladulte atteint dun TDA/H résiduel, surtout sil saccompagne dimpulsivité, il est important de dépister les adultes susceptibles dêtre atteints dun TDA/H. Jaimerais souligner ici ce qui est une autre particularité me décrivant bien et qui, je le crois, sapplique, de façon générale, aux adultes atteints dun TDA/H. En effet, les plus grands moments de satisfaction professionnelle, je les ai trouvés lorsque je devais régler des situations problématiques au travail, des situations tout à fait "merdiques", des situations à très forte intensité où lon dirait que " ça va mal en maudit à shop ". Jétais alors tellement sollicité, lintensité requise était tellement grande que je pouvais enfin mamuser à travailler, car il y avait alors matière à vraiment me concentrer au maximum. SUGGESTION: Je vous dirais donc quil nous appartient, à nous, adultes atteints dun TDA/H résiduel, dexploiter et de mettre à contribution une telle force, laquelle nest pas donnée à tout le monde. Quelques mois après être arrivé au centre hospitalier où je travaille, je me suis, à nouveau,retrouvé avec les mêmes problèmes dimpulsivité et de manque de retenue certains diraient même de jugement. Jai alors consulté dans le cadre du PAE ; mais, malgré ce qui me paraissait être une révélation, je nai pas plus été capable de vraiment mempêcher de dire tout haut ce que je pensais, même si je savais que je ne devais pas le faire. Je ne savais pas encore quel était mon problème. CONSÉQUENCE: Il est essentiel que vous vous adressiez à des ressources professionnelles compétentes, sinon vous perdrez votre temps et vous risquez inutilement de gâcher votre vie. Je conclurais sur cet aspect professionnel en vous disant donc que, très souvent, lorsque jai eu des problèmes au travail, et je ne suis même pas sûr que je nen ai plus ou que je nen aurai pas, cétait à une époque où jignorais tout du TDA/H, encore plus chez ladulte; jignorais que ces problèmes au travail résultaient de mon impulsivité qui faisait que je ne pouvais mempêcher de dire ce que je pensais, même si les conséquences risquaient dêtre désastreuses. Vie personnelle et sociale La faible estime de soi qui caractérise les personnes atteintes du TDA/H a évidemment eu un impact majeur sur mes relations interpersonnelles. Il est en effet difficile de saimer lorsquon a, depuis quon est enfant, limpression de navoir jamais été à la hauteur. Il est également plus difficile daimer les autres lorsquon a limpression de ne pas avoir été aimé pour ce que lon était, surtout quon a régulièrement reçu le message de ne pas être à la hauteur des attentes des gens qui, en principe, sont ceux qui ont la responsabilité de nous aider à grandir. RECOMMANDATION: Je vous dis tout ceci, non pas pour vous inquiéter, mais pour vous tenter de vous convaincre de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour protéger vos enfants de ces atteintes à leur estime de soi laquelle, à mon avis, constitue le fondement même de leur développement harmonieux et de leur réussite personnelle. Christiane Gravel et mon ami Pierre vous parleront tout à lheure de la méthode Barkley, mais je me suis permis de vous dire immédiatement quel est un des objectifs visés par la méthode Barkley. Mes relations personnelles ont aussi été assez houleuses considérant que mon impulsivité va généralement heurter les sentiments des autres, même si mes interventions ne sont, bien sincèrement, animées par aucune intention malveillante, sans compter que je ne " lis " pas facilement les autres. Toute ma vie, jai eu limpression dun peu brûler la chandelle par les 2 bouts, étant incapable de marrêter, même pour dormir. À titre dexemple, je vous dirais que je dois me faire violence pour aller me coucher, en me disant quil faut, très souvent, si ce nest pas la plupart du temps, que je me lève moins de 5 heures plus tard. Je tente de me rassurer en me disant, comme le faisait Einstein, qui vivait, semble-t-il, de la même façon,que limportant, cest la longueur de la chandelle. Parlant de limportance de la longueur de la chandelle pour ce qui est de brûler la chandelle par les deux bouts, je vous dirais quà linverse, en ce qui concerne limpulsivité, cest comme si la longueur de ma mêche était inversement proportionnelle à celle de la chandelle. Diagnostic et prise en charge À 46 ans, à force de moccuper de mon fils et de minformer sur le TDA/H, jai dû commencer à faire face à la réalité et à me dire que jétais peut-être atteint dun TDA/H. Cest ainsi que jai cherché un spécialiste qui pourrait peut-être maider. DANGER QUI VOUS GUETTE : La première réaction de la majorité des gens, qui me connaissaient et à qui je disais que je voulais explorer ce quil en était, était de me répondre : " Voyons, ne toccupe pas de cela Tu nas pas de problèmes Regarde, tu as réussi dans tes études, dans ton travail, dans la vie ". Pourtant, ma conviction profonde était que javais raté ma vie parce que javais limpression que, toute ma vie, jétais passé à côté de quelque chose, que je ne métais pas réalisé, ayant limpression que je navais pas fait ce que jétais capable de faire. Lorsque jai appris que javais un TDA/H, et comme jen connaissais les conséquences, ce fut tout un choc. Au début, la 1ère phase en est une de soulagement ; je comprenais, enfin, un peu, à tout le moins, ma souffrance morale en lien avec ce que je considérais avoir été une vie de misère intérieure. Par contre, la 2e phase en a été une de rage et de rancur ; rage et rancur de croire que la vie avait été si dure avec moi, davoir limpression de ne pas avoir été aidé par ma famille. Mais, par après, i.e., après avoir commencé à comprendre ce quétait le TDA/H, jai alors senti le besoin, la nécessité de pardonner aux autres et de me pardonner à moi-même, puisque personne ne savait ce quil en était quand jétais enfant ou adolescent. Jai compris quà partir du moment où les gens font de leur mieux, avec ce quils sont et ce quils ont, on ne peut pas leur en vouloir. Dailleurs, je dis maintenant à tous les parents denfants atteints dun TDA/H que je rencontre et qui sinquiètent de leur compétence ou de leur performance parentale : " Informez-vous ; renseignez-vous. Mais, après cela, à partir du moment où vous avez fait de votre mieux, avec ce que vous êtes et ce que vous avez : pardonnez-vous pour les erreurs que vous pourriez faire! ". La 3e phase est celle de lespoir ; lespoir de croire que jaurai pu aider mon fils, parce que je sais mieux ce quil vit, et parce que nous, ses parents, aurons fait tout ce que nous pouvions faire pour laider dès son plus jeune âge. Comme je lai déjà mentionné dans un autre cadre, je dirais que cest mon fils qui ma permis de naître, en fait, de renaître, en me faisant découvrir ce quest le TDA/H chez lenfant, en général, et le TDA/H chez ladulte, en particulier. Mais, rien de tout cela naurait été possible sans Dr Claude Jolicoeur. De plus, dites-vous quil nen demeure pas moins rassurant, à titre dadulte atteint dun TDA/H résiduel, avec impulsivité, de savoir ce quil en est, parce quà partir de ce moment, vous pouvez entreprendre différentes démarches susceptibles de vous aider à être mieux dans votre peau et à pouvoir être plus heureux dans la vie. Ainsi, à compter du diagnostic, et aussi grâce à laide apportée par Dr Jolicoeur et à mon suivi par celui-ci, grâce aussi à la formation sur la méthode Barkley donnée par Christiane Gravel, il sest produit ce que jappelle un élargissement de la conscience qui fait en sorte que je peux affirmer être probablement plus présent, maintenant, au moment présent, et moins impulsif que je ne létais auparavant, quoique cela ne soit jamais facile. De plus, en recourant à des approches cognitivo-comportementales, jai commencé à faire davantage de retours analytiques sur les différentes crises afin de mieux comprendre ce qui se passe pour apporter les correctifs appropriés, en espérant empêcher que ces crises ne se reproduisent, du moins quelles soient moins sérieuses et moins fréquentes. De plus, jai commencé à prendre du Ritalin afin de diminuer mes comportements impulsifs. Comme le dit Dr Jolicoeur, à la lumière de ce que je considère personnellement comme des échecs professionnels, à tout le moins comme des échecs dans mes relations interpersonnelles en milieu de travail, le Ritalin est possiblement ce qui me permet datteindre la note de passage qui, comme dans les écoles, est exigée au sein des organisations. Cette troisième phase sest aussi traduite par un passage à laction plus sociale et politique ; je pense, entre autres, ici, à la mise en place de lAssociation PANDA ou à dautres modes dinterventions. Jinsiste, ici, pour vous dire que je ne voudrais pas que ce que vous reteniez de mon témoignage, cest que je me plains et que la vie va donc être difficile pour vos enfants... au contraire. Cependant, il est vrai quelle pourra être moins facile pour eux quelle ne le sera pour les enfants qui nont pas à vivre avec le TDA/H. Mais, dites-vous quils ont aussi de grandes forces et de grandes qualités qui les aideront dans leur vie et dont vous êtes, tout comme vos enfants, responsables de développer. Cest pour cela quil faut que vos enfants aient des parents qui, comme vous, sinforment, des parents qui prendront fait et cause pour eux, des parents qui ne craindront pas de se faire entendre, et des parents qui sauront se regrouper sil le faut. En terminant, je nous souhaite de pouvoir établir un véritable partenariat entre la famille et lécole car, sans lui, cest tout lavenir de nos enfants qui est hypothéqué. Daniel Letourneau |